CAMEROUN : DR SALEH ADAM : « LA RÉGION DE L’OUEST EST TRÈS PAUVRE EN MATIÈRE DE FAUNE »

LE DÉLÉGUÉ RÉGIONAL DES FORÊTS ET DE LA FAUNE POUR L’OUEST PRÉSENTE LE POTENTIEL FAUNIQUE ET FLORISTIQUE DE LA RÉGION TOUT EN DONNANT UNE BRÈVE APERÇUE DES CHANTIERS QUI ENTENDENT SON DÉPARTEMENT MINISTÉRIEL DANS CETTE RÉGION EN 2019.

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LE DÉLÉGUÉ RÉGIONAL DES FORÊTS ET DE LA FAUNE POUR L’OUEST PRÉSENTE LE POTENTIEL FAUNIQUE ET FLORISTIQUE DE LA RÉGION TOUT EN DONNANT UNE BRÈVE APERÇUE DES CHANTIERS QUI ENTENDENT SON DÉPARTEMENT MINISTÉRIEL DANS CETTE RÉGION EN 2019.

CAMER PRESS AGENCY (CPA) : LES AGENTS DES EAUX ET FORÊTS SUIVENT UNE FORMATION AU CENTRE D’INSTRUCTION DE KOUTABA. DE QUOI S’AGIT-IL CONCRÈTEMENT?

DR SALEH ADAM (S.A) : En fait, il ne s’agit pas seulement des tirs. Il s’agit d’un recyclage sur la formation militaire. Comme vous le savez bien, le personnel des eaux et forêts en général fait partie du corps paramilitaire. Et à ce titre, ils doivent être formés comme des militaires. Et très souvent après cette formation, on fait des recyclages pour mettre à jour leurs compétences sur le terrain. Comme vous le savez, c’est un personnel qui travaille dans les aires protégées. Ils luttent contre les braconniers qui sont très souvent lourdement armés. Il faut être aguerri et à la pointe afin de mieux mener cette mission. C’est dans ce cadre qu’on organise très souvent des formations, des recyclages. Pour cette année 2019, 50 agents toute catégorie confondue sont en train d’être recyclés au centre de formation de Koutaba.

CPA : COMMENT EST-CE QUE VOUS COMPTEZ ÉVALUER L’ENSEMBLE DES CONNAISSANCES ACQUISES LORS DE CETTE SÉANCE DE RECYCLAGE SUR LE TERRAIN ?

S.A : Le suivi est au quotidien. Vous savez bien que dans les services déconcentrés et mêmes ceux centraux, nous avons une brigade nationale qui a ses démembrements au niveau des délégations régionales. Donc la brigade régionale chaque jour organise des réunions à cet effet. Et donc, ceux qui sont dans les aires protégées par exemple, participent à la lutte anti-braconnage et ceux qui sont hors des aires protégées participent eux à la sauvegarde du potentiel végétal et du potentiel faunique. Toutes ces activités contribuent bien au suivi des activités. Il ne s’agit pas seulement de faire une formation et de vérifier si les gens savent effectuer les tirs ou savent donner un café à un supérieur hiérarchique. Il s’agit bien entendu d’être à la pointe, d’être au pas de tout ce qui est prévu comme activité au niveau du service de la forêt et de la faune de manière globale. Donc le suivi est quotidien et à tous les niveaux tant au niveau des services de forêt et faune, qu’au niveau des brigades nationale et régionale.

CPA : SANS DOUTE EN CETTE NOUVELLE ANNÉE, VOUS AVEZ FIXÉ DES OBJECTIFS À ATTEINDRE DANS UNE RÉGION QUI NE CESSE D’ENREGISTRER DES ACTES DE BRACONNAGES. QUE COMPTEZ-VOUS FAIRE DANS CE SENS DANS LA RÉGION DE L’OUEST ?

S.A : Nous venons de boucler notre programme annuel de travail. Et pour cette année spécifiquement comme vous le savez bien, nous avons quatre programmes : 960, 961, 962, 963. Sur le programme 960, nous allons nous attarder à respecter le budget tel inscrit dans la circulaire du ministère de finances. Au niveau du programme 961 qui concerne les forêts, nous allons mettre l’accent sur la validation du tout premier plan d’aménagement de la réserve forestière de l’Ouest et globalement dans les zones de savane humide. Il s’agit du plan d’aménagement de réserve forestière de Bapou-Bana dont la validation départementale est prévue à la fin de ce mois de janvier qui se poursuivra au niveau national à Yaoundé. Nous également au niveau de ce programme toujours, l’élaboration du plan d’aménagement des réserves forestières de Baleng  et éventuellement la réserve forestière de Bazou. Nous allons toujours dans le cadre de ce programme, nous atteler à suivre particulièrement le reboisement de l’année 2019. Vous savez qu’en ce qui concerne le reboisement, nous agissons en « année moins un » c’est-à-dire en 2019, nous allons suivre le reboisement de l’année 2018. Il s’agit de ce qui était prévu en 2017 devrait être exécuté en 2018. Nous sommes en 2019, nous allons suivre le reboisement de 2018. Il s’agit donc de mettre en terre 120.000 plants dans les réserves forestières de la région. Il y a 12 réserves forestières. Neuf communes ont bénéficié des conventions avec le ministère de la forêt et de la faune pour qu’à la fin de l’année, qu’on sache qu’effectivement que les 120.000 plants ont été mis en terre.

Au niveau du programme 962 qui concerne la faune, l’essentiel pour 2019 sera mis sur le recensement et le marquage des trophées d’animaux protégés. Nous sommes à l’Ouest, il n’y a pas la faune. Les chefferies traditionnelles détiennent un important stock de trophées : des peaux de panthères, de lions. L’essentiel pour nous est de s’assurer que ces trophées sont détenus de manière légale. C’est un travail qui doit être fait sur la supervision des autorités administratives pour s’assurer du nombre de trophées dans cette région. Et une fois que le nombre exact sera connu et les différentes espèces avec, nous allons les marquer pour que quand un chef se déplace d’une ville à une autre ou hors du pays, on doit s’assurer que ce trophée est légale, sa traçabilité connue, et qu’au niveau des aéroports que cela ne soit pas dérangé du fait que ce trophée n’est pas marqué ou n’est pas un certificat d’origine. Nous allons au niveau du programme 962, lutter contre le braconnage dans le centre urbain et surtout dans les circuits de commercialisation. Comme je l’ai dit tantôt, la région n’a pas un potentiel faunique assez marqué mais elle reste une région de transit.  Nous sommes frontalier avec la région du Centre, ce qui fait que la consommation des viandes de brousse soit illégale dans notre région. Il faut mettre un accent pour éradiquer cela.

Au niveau du programme 963 qui concerne la validation des produits forestiers non ligneux, nous allons nous attarder sur l’étude qui porte sur le pin. Nous devrons connaître  en cette année le potentiel de pin dans la région de l’Ouest. Dans ce pin, il y a le duramen qui est  extrait. C’est un produit forestier non ligneux qui est moins connu et qui n’est pas classé comme un produit spécial. Nous voudrions faire en sorte que ce produit soit classé. Mais à ce titre, il faut au préalable connaître le potentiel de pins dans la région : soient dans des réserves forestières, des plantations des privées ou dans les concessions. Dans la vile de Bafoussam, vous allez voir qu’il y a beaucoup de pins plantés par l’État, ou par les particuliers. Il faudrait mieux connaître le potentiel et estimer également le duramen de pins. Le dernier qui n’est pas un programme mais un peu spécial concerne la brigade régionale de contrôle. En cette année, l’accent sera mis sur la surveillance accrue des réserves forestières. Vous savez que dans les réserves forestières à l’Ouest, la problématique des terres est accrue et nos 25 réserves forestières et 12 périmètres de reboisement sont empiétés, et nous voudrions à ce titre l’assainir à ce niveau.

CPA : PRÉSENTEZ-NOUS LA CARTE FLORISTIQUE ET FAUNIQUE DE LA RÉGION DE L’OUEST.

S.A : De manière globale, il faut reconnaître que nous sommes dans une zone de savane humide. Je dois dire que la région de l’Ouest est la région la plus déboisée du territoire national. On peut bien imaginer que ce soit plutôt la région de l’Extrême-Nord par exemple qui est à la porte du Sahel mais dans la région de l’Ouest, de notre connaissance, on peut bien remarquer que c’est une région qui est très déboisée dû au fait que la densité de la populations est assez élevée et le territoire est relativement réduit. Conséquences, vous convenez avez-moi que plus de 70% de la population de l’Ouest utilisent le bois de chauffe comme source d’énergie. Et donc elle utilise les ressources ligneuses qui ne sont pas loin. Nous sommes dans une zone de savane humide. Nous avons ici à l’Ouest 25 réserves forestières et 12 périmètres de reboisement et la réserve de faune de Santchou. L’ensemble de ce potentiel assez important couvre 37.000 hectares. Soit 2,7% de la superficie de la région. Nous avons également des forêts galeries dans le département du Noun surtout à la frontière avec la région du Centre. Mais globalement c’est une zone de savane humide très dégradée. C’est pour cette raison que nous avons l’obligation de sauvegarder des réserves forestières qui sont des réserves plantées c’est-à-dire de forêts artificielles en quelque sorte. Le potentiel faunique est très insignifiant. Vous pouvez remarquer que le long de l’axe Bafoussam-Yaoundé, qu’il y a des enfants qui vous tendent les gibiers de souris, des gibiers quelques fois des porcs-épics très nains d’ailleurs ce qui témoigne l’absence de la faune dans cette région. Si les gens prennent du temps pour chasser des souris, ça veut dire qu’ils n’ont pas mieux dans ce domaine. La faune a été complètement éradiquée. Qui dit faune, dit d’abord son habitat. Comme vous et moi, nous habitons quelque part. Si l’habitat de la faune est complètement détruit, si nous sommes dans une zone de savane humide très dégradée, ça veut dire que la faune n’a pas d’habitat. Et si elle n’a pas d’habitat, catégoriquement, elle disparaît. C’est pour cette raison que les seules qui sont restées encore rustiques et qui résistent à cette pression, ce ne sont que des souris qui s’abritent bien dans terriers et autres. Et même là, vous convenez avec moi qu’ils sont chassés jusqu’à leur dernier retranchement. C’est vrai que dans le département du Noun, on peut observer quelques ondulés. Les céphalophes, nous avions avant les éléphants nains dans les réserves de faunes de Santchou mais aujourd’hui, il n’y a plus. Il y a quelques animaux tels que les ondulés dont on observe difficilement si oui les traces. La région de l’Ouest en matière de faune est très pauvre. Cela ne veut pas dire qu’on ne peut repeupler. Le repeuplement commence d’abord par la restauration de l’habitat. Une fois que l’habitat est restauré, la faune peut revenir facilement. C’est ce qu’on appelle la réintroduction. C’est vrai que c’est onéreux mais on peut faire la réintroduction. Sans oublier aussi que dans certaines rivières telles que le Noun, on retrouve quelques têtes d’hippopotames dont nous sommes en train de faire des études pour que dans cette région qu’on puisse classer celle-là comme zone de protection même si on ne peut pas la classer comme réserve, qu’elle soit quand-même reconnue comme zone de prédilection de cette espèce et les protéger.  

Propos recueillis par Camer Press Agency

 

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