US ET COUTUMES BAMILÉKÉ: Les obsèques des Jumeaux.

0
300

Depuis la nuit des temps, la société a toujours adopté deux attitudes diamétralement opposées pour les êtres exceptionnels : soit on les admire et les craint voire les idolâtre, soit on les déteste et cherche à les éliminer. Le cas de Jésus-Christ, notre frère, illustre cela mieux que toutes les démonstrations.

Les jumeaux et leurs géniteurs font partie des êtres exceptionnels et nous allons voir comment ces êtres sont traités dans la société, de leur naissance à leur mort.

Chez certains peuples africains, quand les jumeaux naissent dans une famille, on oblige les parents à les enterrer vivants et revenir, après cet acte plus qu’ignominieux, subir un certain rituel, souvent draconien, avant de réintégrer la société. Parfois même après ce rituel, ils sont bannis et doivent migrer à des centaines voire des milliers de kilomètres de leur village pour se reconstruire. Leurs biens précieux sont confisqués, leur habitat détruit et leurs souvenirs effacés de la mémoire collective.

Chez le Bamiléké, la venue des jumeaux ou des triplets dans une famille est un signe de bénédiction et de grâces multiformes. Les parents sont exemptés de jure et de facto de certaines obligations tant envers le palais qu’envers les diverses organisations sociales….

Si l’un des jumeaux meurt à la naissance, l’événement est occulté et l’on n’informe que les grands prêtres et autres voyants pour les cérémonies funéraires en disant qu’il est parti en voyage. Pendant qu’on inhume le corps, le survivant est gavé de lait, oint de pistache mélangé au jujube, au kaolin et à l’huile de palme d’excellente qualité. Les autres femmes ayant accouché des jumeaux accourent, psalmodient des louanges, des poèmes composés depuis des siècles à la gloire des rois, des princes et des personnalités ayant fait des actes de bravoure et de pacification ; et les refrains comportent toujours et au moins deux fois le nom « SIE » (Dieu) qui fait des merveilles.

A la fin de la cérémonie, la théorie de MANI (mères de jumeaux) passe neuf (09) jours dans la concession à chanter et à danser à la gloire des ancêtres et des êtres exceptionnels que Dieu envoie sur la terre pour combler les pauvres et les déshérités, les laissés-pour-compte et les humbles. La plupart de ces chants sont contenus dans les psaumes et les cantiques de la Bible chrétienne, presque intégralement, comme quoi Jésus-Christ est notre frère consanguin!

Quand le de cujus est un adulte comme Marie Bernard WENMANI (petite-soeur de l’auteur) et que son frère jumeau ou sa sœur jumelle est encore en vie, le processus est le même. On l’enterre immédiatement, emmitouflé dans les moments qui suivent, après qu’il ait expiré son dernier souffle. Les histoires de morgues sont formellement interdites. On emballe le corps avec les habits sacrés (NDJI NDAAH ou NDOP) après l’avoir lavé avec une lotion à base d’acajou et des herbes fines aux senteurs spéciales. On lui met un collier de perles et de cauris, un bracelet en fibres de raphia spécialement conçu pour les MAANI (mère des jumeaux) et les POONI  (jumeaux) et, dans sa tombe on fait un tapis de branches d’arbre de la paix sur lequel on verse du jujube et du kaolin spécialement préparé par un/une initié(e) et d’autres poudres particulières à chaque tribu ou clan.

Pendant ce temps, les amis du jumeau vivant, les membres qu’il affectionne dans la famille, certains notables reconnus pour leur tact et leur diplomatie distraient ce dernier, lui racontant des histoires sans tête ni queue, improvisent des scènes comiques et autres gags susceptibles de faire penser à tout sauf à la mort. Le jumeau vivant, même sachant que tout ce théâtre se joue pour qu’il ne voie pas la dépouille de son alter ego, se prête au jeu et fait semblant de s’accommoder à la situation tragi-comique qu’on lui présente. Il fait tout ce qui est en son pouvoir pour ne pas manifester ses sentiments, pour ni étaler ses larmes et autres comportements émotifs devant les MANI et les TANI (Père de jumeaux) présents.

Quand l’inhumation est terminée, l’on chante des psaumes et des cantiques de circonstance comme dit précédemment pour le jumeau bébé. Alors, le jumeau vivant se détache du groupe et court se réfugier quelque part pour laisser couler ses larmes. Bien entendu, ses amis et quelques solides bras le laissent courir quelques mètres et l’encadrent fermement. Pendant au moins deux jours, une garde rapprochée le suit et ne le quitte pas d’une semelle.

Durant la neuvaine identique à la précédente, on lui donne un petit pot en terre sur lequel sont sculptés les insignes des jumeaux qui lui sert d’assiette pour se sustenter. On lui met sur la tête une couronne faite d’une liane verte spéciale enroulée de feuilles d’arbre de paix. Il n’a pas le droit de se laver durant la neuvaine pour manifester le port du deuil de son frère ou de sa sœur. Son sac à double fond (symbole de ses attributs génétiques) ne le quitte pas et l’on doit mettre des offrandes (argent, jujube, objet d’art) dans sa gibecière en double. Si vous voulez le consoler avec 1000 (Mille) Francs, vous devez changer le billet en deux billets de 500 Francs, que vous lancez dans chaque compartiment de son sac. Il en est de même pour toute autre offrande.

SI le de cujus s’est SUICIDÉ ou EST DÉCÉDÉ DE MANIÈRE SUSPECTE, au soir du dernier jour de la neuvaine, se fait un rite que les missionnaires ont interdit sous peine des feux de l’enfer, non pour la famille ou les personnages concernés mais pour toute la tribu, que certains initiés par une pudibonderie malsaine ou une hypocrisie satanique et éhontée, ont occulté ou n’ont pas laissé le peuple en prendre connaissance, que les charlatans et autres marabouts utilisent pour s’enrichir plus que de raison. Ce rite, pratiqué également par les veuves et les veufs dont les conjoints sont décédés de manière mystique ou mystérieuse, par empoisonnement ou par une maladie honteuse (blennorragie, sida, abcès sur un endroit génital, etc.). C’est le rite du « LAVAGE DE LA MALCHANCE ».

Il consiste à se rendre incognito et loin de sa sphère d’activité ou de résidence, de nuit, dans un lupanar, un lieu de fornication et de stupre pour trouver un ou une partenaire qui portera tous vos malheurs et toutes les malchances laissées ou issues de la mort du de cujus.

Un intime, un membre proche de la famille, un marabout ou tout autre initié accompagne la personne éplorée –pour le cas présent- le jumeau survivant.

Le petit groupe entre dans un bar de bas étage situé à côté d’un hôtel de passe, d’une auberge ou d’un motel. La personne éplorée joue à la fille en l’air ou au garçon gigolo, distribue à boire et joue au soûlard ou à la fille facile. Pendant une ou deux heures, le groupe cherche le gibier, « le bon gibier », qui s’endormira ou s’assoupira après avoir assouvi ses instincts sexuels, ivre d’alcool et de parties de jambes en l’air. Lorsqu’on a trouvé le bon pion, l’on le persuade d’aller à l’hôtel pour se défouler un peu et là, on se débarrasse de tous ses habits et bijoux qu’on laisse près du partenaire pendant qu’il roupille et l’on sort tout nu prendre un nouvel accoutrement à son accompagnateur qui guettait et adieu !

Si le partenaire ou la partenaire, à son réveil, se retrouve avec ce cadeau peu flatteur et d’un genre particulier, il/elle ne doit pas s’affoler ni crier. Il/Elle doit prendre un élément de ce colis encombrant et s’en aller aussi loin que possible de son champ d’activité pour faire la même chose et refiler le bébé à un autre porte-malheur, et ainsi de suite , jusqu’à ce que cela aille rejoindre l’arbre dans la forêt comme on dit chez nous vulgairement.
(à suivre….)

TAANI TAA SIEYADJE Charles, Le Scribouillard.

Photo: Google Images.