US et COUTUMES BAMILÉKÉ : Le rituel de la réconciliation de la pénitence : « VIATNI ».

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Il est dit, noir sur blanc, dans les Saintes Écritures (Nouveau Testament) par le Christ en personne : « Si tu veux offrir des sacrifices [au temple ou à Dieu] et qu’en chemin tu te rappelles que tu as un différend avec ton frère ou ton voisin [prochain], laisse-là ton holocauste et vas d’abord te réconcilier avec … ».

Comme je l’ai affirmé dans un article précédent, ce ne sont ni les colons ni les missionnaires avec leurs rites et leurs doctrines, avec leurs soutanes et leurs képis et autres casques coloniaux qui nous ont enseigné le christianisme et son rituel de réconciliation et de pénitence : le VIATNI (ou tout autre appelation dans la région Bamiléké). Ce sacramental fait partie du rituel ordinaire et le rituel ésotérique depuis la nuit des temps dans la tradition montagnarde.

Comme dans l’Eglise catholique, le sacrement de Pénitence ou de Réconciliation a deux volets : le volet ordinaire qui consiste à aller vers celui qu’on a offensé lui demander directement pardon, lui montrer qu’on l’a meurtri et qu’on regrette de l’avoir fait puis, le volet ésotérique qui consiste à rencontrer le prêtre, le confesseur et lui dire l’offense et à recevoir l’absolution. Avant de vous donner l’absolution, le confesseur vous donne une sorte à exécuter pour mériter cet acte de pardon qu’il tient de Dieu.

Comment se pratique le sacrement de Réconciliation ?

En apprenant la doctrine sur les sept sacrements, nos ancêtres se sentaient réveiller en eux ce qui y était latent.

Dans l’article précédent sur le JOUR DU SEIGNEUR, nous avons relaté comment le paysan ou la femme qui profanait l’interdit, voyait le monstre et rentrait précipitamment au bercail « se confesser » et recevait la punition qui lui convenait – selon son rang et situation sociale – à titre de pénitence. Nous l’avons déjà signalé dans une de nos publications que le Bamiléké, à l’instar des juifs ne pratiquait pas les peines privatives de liberté. Seuls les voleurs impénitents, les espions et autres étrangers aux intentions peu avouables étaient séquestrés dans un local particulier au palais royal, local où étaient élevées les chiques et les couches pleines de puces et des pucerons. Au bout de quelques semaines, voire un mois ou deux dans les cas très graves, ces pensionnaires amoraux ou dangereux étaient libérés et étaient reconnaissables à deux lieues à la ronde parce que couverts de pustules et d’ecchymoses provoquées par ces minuscules gardes-prisonniers. Ceci confirme une fois de plus que le Bamiléké n’était et n’a jamais été un homme belliqueux, un guerrier ou un tortionnaire.

Pour réintégrer la société et y vivre en citoyens normaux, ces élargis du palais royal devaient subir sacramentel le rite du VIATNI (sacrement de Pénitence ou de Réconciliation), ce procédait de l’amendement et de ce que nous appelons la réinsertion. Comme quoi le colon et le missionnaire ne nous ont pas appris beaucoup de choses en matière de gestion de la société et de la chose religieuse !

Par ailleurs, les hommes qui avaient commis l’inceste avec une fille ou une femme de leur famille, les jeunes filles qui avaient forniqué avec un membre de leur famille, même éloignée (cousin, arrière-cousin) et les femmes mariées qui avaient eu des liens de concubinage avec les membres de leur belle-famille ou les confidents de leurs époux, les personnes qui avaient pillé les holocaustes déposés dans les temples traditionnels, la forêt sacrée et autres lieux saints, les valets qu’on surprenait en flagrant délit de parties de jambes en l’air avec l’une des multiples épouses du roi, les maris cocus ou impuissants qui, fous de jalousie ou de haine contre les assistants occasionnels de leurs moitiés et qui avaient cherché à attenter à la vie ou à la fortune de ces derniers, les prédateurs insatiables qui avaient tué ou fait assassiner leur frères, voisins, pères pour s’emparer de leurs biens matériels et humains, tout ce beau monde, pour recouvrer leur dignité et leur droit de cité devait passer par la case VIATNI, à savoir le rituel de confession et de réconciliation.

Quelle organisation sociale où l’Homme n’est pas considéré comme BON À JETER, mais comme un être créé par Dieu, donc susceptible d’être récupéré, de se convertir ! (à suivre)

TAANI TAA SIEYADJE CHARLES, Le Scribouillard

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