US ET COUTUMES BAMILÉKÉ: « LE NKOU’NGA’ : FOLKLORE, GROUPE SATANIQUE OU…?

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Chaque groupe humain laïc ou religieux, chaque peuple athée, monothéiste ou polythéiste, chaque société secrète ou ouverte, chaque république ou royaume, bref tout dans l’univers est structuré, possède des lois et règlements qui le régissent.

Cette structuration se compose d’éléments divers qui font marcher les choses, qui donnent un sens et une valeur à l’environnement immédiat et lointain, qui font que l’homme se sente homme.

D’abord, il y a le rire, la gaîté ou la joie.

C’est le propre de l’homme disait un certain gaulois du nom de Rabelais, et nous allons plus loin en affirmant que c’est le propre du monde, de l’univers tout entier. Les cantiques et les psaumes, le coran et autres livres religieux, tout aux quatre coins du monde, sont là pour le démontrer. « …le ciel et la terre chantent tes louanges… ; « mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur… » ; « … Allah est grand… les fleurs des champs, les oiseaux du ciel chantent sa gloire… » : Toutes ces références pour dire l’homme, créature de Dieu, ne peut vivre que dans un environnement où il se sent à l’aise, où il souffre le moins possible, où il se sent tellement en sécurité qu’il le crie à tue-tête, à haute et intelligible voix, avec des clameurs plus ou moins assourdissantes.

Il y a ensuite l’équilibre ou la justice.

L’homme a besoin de justice qu’elle soit divine (ordalie) ou humaine (tenue de palabre, tribunaux, exécution des jugements rendus, etc.). Quand il y a trop de pluie ou trop de chaleur, quand une épidémie s’abat dans une région, l’homme a recours au jugement de Dieu qu’il implore par des prières et des sacrifices sous diverses formes. Certains élèvent les mains et le regard vers le firmament, d’autres tapent leurs fronts par terre, d’autres encore se couvrent de cendres ou ne mangent pas pendant des jours, des semaines, voire des mois, pour demander la justice du Créateur.

Enfin, il y a les souffrances diverses

(construction d’un abri, maladie, travail quotidien pour chercher sa pitance, recherche du sommeil et du repos, douleurs de l’accouchement, guerres et conflits divers, mort et ses corollaires).

Dans les différentes composantes sociales, il y a un ordre implacable et immuable : d’abord le leader (Roi, Président de la République, Pape ou Pope, Imam, Emir, Empereur, Sultan, Calife, Tsar, Guru, etc.) autour de qui gravitent d’autres petits leaders (Notables, comtes, marquis, Evêques et autres pasteurs, Ministres, Vizirs et Assistants, Généraux et autres Colonels…) ; viennent enfin la plèbe comme nous autres, les disciples, les valets, les gagne-petit, les sous-fifres, le peuple des rachetés, les anonymes et autres courtisans d’occasion ou du dimanche. On leur lance les miettes quand on a besoin d’eux ; on les valorise pour mieux les asservir, on leur donne du pain pour mieux les affamer, on les appâte pour mieux les piéger, on les noyaute pour mieux les contrôler.

Si nous avons fait toute cette tirade, c’est pour arriver au NKOU’NGA’ qui est la matrice du peuple Bamiléké, de son organisation multiforme du bas jusqu’au haut de l’échelle.

Son chef, qui ne porte pas de masque, est un prince ou un noble, ses membres sont tirés de toutes les couches de la société. C’est ainsi qu’on y retrouve un musicien, un planteur, un commerçant, un voyant, un médecin traditionnel, des femmes atteintes de la ménopause, des notables dotés de certains talents que Dieu accorde seulement à une très petite minorité, des juges et autres magistrats, des soldats ou guerriers, etc.

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Une partie de la danse lors des funérailles d'un membre . A l’origine c’est une association des vampires qui se regroupaient pour régler entre eux leurs différends mystiques. Avec la mutation des sociétés traditionnelles ils ont créé une danse comme moyen d’expression et de démontrer de leur puissance et pouvoir mystiques d’où l’appellation « koungang » qui signifie danse des méritants (mystiquement). C’est la plus grande danse traditionnelle mystique, la société secrète la plus puissante de toutes les chefferies traditionnelles du peuple Bamilékés dans la région de l’Ouest Cameroun. Cette danse des initiés est mixte et. les initiations se font directement au cours d’une partie de danse. De nos jours elle joue un rôle majeur dans le développement et l’émancipation socioculturel et économique, car par la somme des pouvoirs des différents membres elle assure la protection et la purification, de l’ensemble du village, exorcise et rend justice gage de la cohésion sociale et l’éclosion des talents dans tous les domaines. «Le Koungang » ne s’exécute pas n’importe comment. elle se danse lors des occasions bien précises : funérailles d’un membre du clan décédé, évènement d’importance capitale à la chefferies, comme l’intronisation d’un chef, cérémonies à caractère exorciste ou de justice .Il n’y a pas de simultanéité avec d’autres danse elle se danse pour clôturer les cérémonies

La tenue du NKOU’NGA’ est composée d’éléments très symboliques tirés des éléments naturels : cauris, tresses, fibres de raphia ou de fougères, parties d’animaux rares, bâton de berger, castagnettes, etc.

Un petit tamtam et deux congas composent leur arsenal musical. Comme à l’opéra ou au conservatoire chez les occidentaux, les membres s’habillent ou se maquillent dans leur loge avant de sortir en scène ou en public.

Mais qu’est-ce que le NKOU’NGA’ ?

Le NKOU’NGA’ est à la fois un régiment de commandos, un organe d’exécution des sanctions prononcées par les juges et une troupe de ballet royal ou princier. C’est la deuxième danse d’apparat royale après le NZEN qui ne se danse qu’une fois dans la vie d’un monarque.

1- LE NKOU’NGA’ : REGIMENT DE COMMANDOS.

Quand il y avait des guerres ou des conflits meurtriers entre les tribus, les membres de ce clan allaient faire le guet, s’infiltraient dans les lignes avec leurs tenues qui s’incrustent dans l’écosystème et il fallait avoir le nez extrêmement fin et un regard de lynx pour détecter une présence accrochée à un arbre ou à un palmier, postée dans les feuillages d’arbustes ou la verdure d’une futaie.

Une partie de la danse lors des funérailles d'un membre . A l’origine c’est une association des vampires qui se regroupaient pour régler entre eux leurs différends mystiques. Avec la mutation des sociétés traditionnelles ils ont créé une danse comme moyen d’expression et de démontrer de leur puissance et pouvoir mystiques d’où l’appellation « koungang » qui signifie danse des méritants (mystiquement). C’est la plus grande danse traditionnelle mystique, la société secrète la plus puissante de toutes les chefferies traditionnelles du peuple Bamilékés dans la région de l’Ouest Cameroun. Cette danse des initiés est mixte et. les initiations se font directement au cours d’une partie de danse. De nos jours elle joue un rôle majeur dans le développement et l’émancipation socioculturel et économique, car par la somme des pouvoirs des différents membres elle assure la protection et la purification, de l’ensemble du village, exorcise et rend justice gage de la cohésion sociale et l’éclosion des talents dans tous les domaines. «Le Koungang » ne s’exécute pas n’importe comment. elle se danse lors des occasions bien précises : funérailles d’un membre du clan décédé, évènement d’importance capitale à la chefferies, comme l’intronisation d’un chef, cérémonies à caractère exorciste ou de justice .Il n’y a pas de simultanéité avec d’autres danse elle se danse pour clôturer les cérémonies
Une partie de la danse lors des funérailles….

Ce commando minait les accès au village avec des pièges variés (filets tendus et accrocheurs, profonds trous creusés finement pouvant faire chuter et engloutir trois ou quatre hommes de tête (officiers ennemis) et autres inventions guerrières dont seules les armées possèdent le secret de fabrication.

C’est pour cela qu’il n’y a jamais eu de guerres et autres tueries massives dans la région de l’ouest ou tout simplement chez les bamiléké. Le commando se contentait de capturer les officiers et la troupe se rendait. On comprend pourquoi les autres tribus ont toujours considérés les bamiléké comme un peuple de ruse, de machiavélisme et d’envahisseurs. Les officiers arrêtés, le roi vainqueur invitait le vaincu à se soumettre et à lui faire allégeance, ce qui explique aisément l’organisation de la chefferie traditionnelle : le vainqueur devient le souverain et le vaincu devient son vassal en gardant tous ses attributs traditionnels.

Le Roi Bafang a implicitement éclairé la lanterne d’un reporter d’une radio locale qui lui demandait combien de chefferies de 3ème degré existaient dans son royaume.

Le royaume Banka était champion dans ce genre de stratégie pour soumettre ses voisins. Le village BATCHO en est un exemple patent.

2 – LE NKOU’NGA’ : ORGANE D’EXECUTION DES SENTENCES.

Quand quelqu’un, dans la tribu, pratiquait le vampirisme ou était un brigand notoire, le Conseil du Roi prononçait la sentence suprême qui était, non la peine de mort, mais le bannissement. Il revenait donc au NKOU’NGA’ d’exécuter la sentence.

Généralement, on choisissait un membre de la famille du banni ou de sa belle-famille pour le conduire hors des frontières du village. Les néophytes diront que c’était machiavélique, mais non. C’était une façon de mettre en garde cette famille ou ce clan contre la pratique négativiste. Celui-là qui bannissait quelqu’un de son clan, de sa famille, sous un masque bien sûr, devenait de facto un pédagogue et un instrument de surveillance pour le roi ; et pendant des générations, on n’entendait plus un fait de vampirisme ou de grand brigandage dans la famille du banni.

Quelques rares cas de peines de mort ont jalonné notre histoire par-ci par-là, notamment certains cas d’atteinte à l’honneur des femmes du monarque et de grand banditisme où les condamnés étaient enterrés vifs, la tête émergeant du trou. Cela n’inclut en rien que la peine de mort était appliquée chez le bamiléké !

3 – LE NKOU’NGA’ : ORGANE CULTUREL.

Afin de ne pas confiner le NKOU’NGA’ uniquement aux fonctions de défense et d’exécution de sentences, la Cour royale lui a aussi confiée une mission culturelle grandiose et d’apparat.

2607474_origQuand on intronise un monarque en faisant les funérailles du de cujus, ou quand on fait les funérailles d’un grand notable ou d’un membre de cette confrérie, l’on sort la danse du NKOU’NGA’ sur la place publique. Et vous voyez votre voisin, votre cousin, votre ami, sous le masque parader devant vous.

Vous ne pouvez pas le reconnaître sous son déguisement ! et vous applaudissez ses performances artistiques, et vous admirez ses pas de danse et vous trémoussez avec lui ! Quel peuple que ces bamiléké !

EN CONCLUSION.

Le colon administrateur et le missionnaire dans leur soif d’aliéner et de soumettre les peuples, de faire adopter le christianisme et les mœurs occidentales ont traité de diaboliques tous les pans de notre culture qu’ils ne maîtrisaient pas. Heureusement pour nous, nos parents, nos leaders, nos artistes ont su simuler et garder intacts nos us et coutumes.

Il est clair que, comme dans tout groupe social, de la gangrène a germé dans cette société ésotérique, mais de là à diaboliser le NKOU’NGA’, il y a un pas qu’il ne faut pas franchir. NKOU’NGA’ fait partie intégrante de notre culture et de notre tradition. Le NKOU’NGA’ aujourd’hui apporte sa contribution pour rehausser l’éclat du sacre de nos prélats, de l’installation de nos pasteurs, de l’accueil et de la nomination de nos enfants devenus ministres, préfets, gouverneurs, ambassadeurs etc. sans que cela altère ou nuise à la cérémonie et aux concernés !

Tirons donc un coup de chapeau à nos parents et à nos ancêtres qui ont préservé jalousement ce pan de notre tradition au péril de leurs vies : excommunications, exil, travaux forcés et condamnations pour pratique de sorcellerie et j’en passe de bien pires. L’Histoire leur donnera les mentions qu’ils méritent. Il ne nous appartient pas de les restaurer dans leurs droits !

SIEYADJE CHARLES, le Scribouillard.

Images: Gooles Images / CERDOTOLA