US COUTUMES BAMILÉKÉ : « TU SANCTIFIERAS LE JOUR DU SEIGNEUR ! »

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Il est dit, noir sur blanc, dans le décalogue « TU SANCTIFIERAS LE JOUR DU SEIGNEUR »! L’homme blanc, missionnaire et colonialiste tout à la fois, dans sa soif inextinguible d’imposer son rythme de vie et sa culture aux pauvres Nègres, nous a imposé à notre corps défendant le DIMANCHE comme jour du Seigneur !

Wonderful ! Nulle part dans les écritures saintes, il n’est fait mention du dimanche comme jour du Seigneur et il faut rendre une grâce éternelle à nos aïeux pour avoir ménagé la chèvre et le chou en cachant jalousement au colon et au missionnaire son jour du Seigneur ! Nos parents étaient vraiment de grands conservateurs de musée en ce qui concerne la protection de nos us et coutumes. Vous allez admirer le génie et la sapience de nos vieux en matière de protection de notre patrimoine et du respect de la loi du Créateur.

Dans l’une de nos publications, nous avons eu à parler que l’homme des montagnes avait du sang originelle (celui d’Adam et d’Abraham) dans les veines. Il avait et a encore les vertus cardinales prescrites par son divin maître depuis la nuit des temps, la preuve c’est qu’il n’y a jamais eu de guerres fratricides entre les peuples de l’Ouest. Le colon et le missionnaire ont décimé plus de populations des Montagnes de l’Ouest entre 1955 et 1975 que toutes les épidémies et endémies subies les Bamiléké en cinq siècles.

Dieu merci, en dépit des terreurs, des violations de conscience, de nos filles et femmes soudoyées, parfois corrompues et même violées, des intimidations et des promesses des feux de l’enfer, les gardiens de la tradition, les véritables citoyens ont bravé le Blanc et ses manigances, la bible et le fusil, la soutane et le képi, pour conserver inaltérable notre chère tradition que notre génération et nos enfants s’amusent à brader aujourd’hui ou, dans le pire des cas, à piétiner sans en connaître l’inestimable valeur et l’incommensurable contenu.

Le dimanche, ils allaient au culte ou à la messe, selon qu’ils avaient choisi la mission protestante ou la mission catholique. Les grands gardiens de la tradition s’arrangeaient pour être au premier banc tout près de l’autel où officiaient pasteurs ou prêtres. Ils baissaient les yeux aux oraisons et aux homélies, non par piété, mais pour ne pas rigoler des simagrées que faisaient les officiants qui étaient moins que ce qu’on faisait au village, dans la forêt sacrée, avant l’arrivée de ces gens à barbe de maïs. Ils baissaient la tête et fermaient les yeux pour paraître et non pour être ce que le colon et le missionnaire voulaient qu’ils deviennent ; et le colon, et le missionnaire n’y voyaient que du feu !

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Le jour du Seigneur que nos ancêtres avaient élu (NZINGU à Bafang, NZISO vers Bakou, NKAATHEE à BANKA et BANDJA, FOREKE ou BAGANTE, NSHUE’NKO à BABOATE ou à BANWA, ce jour-là était honoré du nord au sud, de l’est à l’ouest du village. Et ces gens, que le blanc en soutane ou avec un fusil en bandoulière, avait pris et baptisé indigènes et ignares, allaient tranquillement verser les holocaustes dans la forêt sacrée au nez et à la barbe de l’envahisseur qui était persuadé que ce villageois allaient au champ ou à la chasse.

Le jour du Seigneur différait d’un village à l’autre pour permettre aux riverains de se rendre visite, d’aller traiter les problèmes de dot, de limites foncières, de sorcellerie ou de funérailles. Quel que soit la nature du problème dans un village donné, les riverains et autres clans alliés attendaient le jour du Seigneur pour s’y rendre et prendre toute la journée pour trouver les solutions, redonner espoir, engager des serments et sceller l’amitié et la fraternité.

Le jour du Seigneur, la garde royale se déployait à l’aurore dans les champs et à la limite des endroits sacrés pour effrayer les impénitents qui s’aventuraient à aller réaliser des travaux le jour saint. C’est ainsi que certaines femmes ou certains paysans qui se rendaient au champ le jour du Seigneur avaient la désagréable surprise de trouver un monstre (POUPOUEN) au milieu de la plantation et détalaient comme un lièvre pour retourner au bercail. Ayant vu le monstre, ils étaient tenus d’aller raconter (se confesser) au grand prêtre ou à la chefferie, et on leur donnait comme pénitence des travaux d’intérêt communautaire à effectuer, des amendes sous forme de coq, poules ou chèvre selon la situation de l’individu et ils promettaient de ne plus jamais poser de tels actions le jour du Seigneur. Le monstre qu’ils/elles voyaient n’était autre chose qu’un NKOU’NGA’ qui s’était dissimulé dans son masque et s’agitait grotesquement à l’arrivée du paysan ou de la femme dans son champ.

L’effet psychologique était garanti et le pénitent jurait sur la tête de sa mère que jamais on ne l’y prendrait plus. Comme quoi nos ancêtres étaient de grands pédagogues !

TAANI TAA SIEYADJE CHARLES, le Scribouillard

Photos: Google Images