CAMEROUN : LA RESPONSABILITÉ SOCIALE DU JOURNALISTE INTERPELLÉE.

COMMENT TRAITER ET QUEL TYPE D’INFORMATION DIFFUSER EN PÉRIODE ÉLECTORALE ?

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COMMENT TRAITER ET QUEL TYPE D’INFORMATION DIFFUSER EN PÉRIODE ÉLECTORALE ?

TRENTE JOURNALISTES DE L’OUEST, DU NORD-OUEST ET DU SUD-OUEST ONT SUIVI DU 10 AU 12 JUILLET 2018 UN ATELIER DE RENFORCEMENT DE LEURS CAPACITÉS EN MATIÈRE  DE COUVERTURE MÉDIATIQUE DES ÉLECTIONS ET DE PROMOTION DES SCRUTINS PACIFIQUES À BAFOUSSAM.

Au cours de ce séminaire, il était question de revisiter les fondamentaux du journalisme pour démontrer l’importance pour un journaliste de rester professionnel à travers la qualité et le contenu de l’information qu’il diffuse.

 

Dans son discours d’ouverture, le coordonnateur du système des Nations Unies au Cameroun a justifié le contexte dans lequel se tient ce séminaire et l’objectif visé par les organisateurs : « Nous avons pensé que des ateliers de renforcement des capacités étaient la réponse du système des Nations Unies pour préparer les mentalités des journalistes à une couverture médiatique de haut vol lors des prochaines élections. En 2015, les journalistes ont demandé qu’on puisse élaborer un programme de formation complémentaire et de mise en forme des journalistes. Cet atelier de renforcement des capacités des journalistes va permettre de mettre en exergue, le professionnalisme des journalistes, la rigueur du travail de la profession de journaliste, mais aussi et surtout, de permettre d’éviter toutes les déviances que l’on observe ici et là lors des périodes électorales. Le comportement du journaliste, s’il doit être prudent de nature dans son travail, s’il doit être un acteur de paix social, est encore plus sensible en la période électorale. Donc, il est important que le journaliste puisse comprendre les enjeux du reportage, de la diffusion d’information en période électorale. Ne ventiler que les informations crédibles, vérifiées donc les sources sont autorisées. Il s’agit de faire preuve de neutralité, de professionnalisme, mais surtout de dignité du traitement de l’information. Il faut éviter la presse à sensation pour être véritablement une presse d’information juste. Parce qu’il ne faut pas obérer le jugement du citoyen. »

Elsa WANDJI, la représentante du Délégué régional de la communication à ce séminaire de recyclage des journalistes, dans la même veine, salue l’initiative : « Le journaliste doit être responsable en tout temps, en temps de paix comme en temps de conflit, et davantage en période de conflit et de crise. Notre pays passe par des moments assez compliqués. La situation est assez délétère, donc il est important que le journaliste qui au quotidien traite l’information sur le terrain puisse avoir la maîtrise de soi. Qu’il ne fasse pas jaillir ses émotions personnelles mais qu’il rende l’information comme elle est dans la réalité. Il faut avoir une certaine capacité de traitement en terme de neutralité et de responsabilité pour permettre une information idoine et idéale pour le citoyen parce que c’est lui le premier consommateur. Que chacun puisse être assez responsable pour pouvoir permettre au citoyen de choisir conséquemment les différents candidats qui vont se présenter à lui. Il est clair qu’en période de crise, l’attitude du journaliste doit être réglée, être modulée en fonction de la réalité qui se présente. S’il y’a un conflit, il ne faut pas chercher à l’envenimer; il faut plutôt rendre l’information. Parfois il peut avoir des faits qui sont avérés, mais pour ne pas créer une psychose, pour ne pas essayer d’instrumentaliser les uns et les autres, il faut bien savoir cadrer cette information, donner l’essentiel sans aller dans les détails qui vont pouvoir, susciter des haines, occasionner des conflits inutiles alors qu’on en a pas besoin. Il est question de puiser juste l’information nécessaire qui va consolider davantage la paix. »

CONTEXTE ET DÉROULEMENT DU SÉMINAIRE

Douze modules ont permis aux différents facilitateurs de mieux outiller les hommes et femmes de médias pour une couverture responsable pendant la période électorale, surtout que ce séminaire de Bafoussam se déroule au lendemain de la convocation du corps électoral par le chef de l’État S.E. Paul BIYA. Parmi les facilitateurs, Élise Cyrile MANDJI DAMDJA, représentante du Délégué régional ELECAM, a échangé avec les journalistes pendant 1 heure de temps sur l’historique d’ELECAM, les lois et les institutions en charge des élections au Cameroun, afin de leurs permettre de mieux informer les citoyens sur leurs droits et devoirs:

« Aucune œuvre humaine n’est parfaite et ELECAM a ses imperfections. On a créé l’ONEL, elle observait seulement. Grâce à la critique, ELECAM a été créée. Elle est impliquée du début jusqu’à la fin du processus électoral. Contrairement à l’ONEL, ELECAM dans l’organisation inclue les partis politiques. Les partis politiques s’impliquent donc dans la sensibilisation et ils sont membres des commissions mixtes de révision des listes électorales et de distribution des cartes. Dans les bureaux de vote, chaque parti a son représentant. Ce que les citoyens doivent également savoir c’est que personne ne peut voter dans un bureau autre que celui indiqué par ELECAM même s’il a une carte d’électeur excepté, les présidents des bureaux de vote qui pour des raisons de travail liées effectivement à la supervision des élections, peuvent se retrouver dans une circonscription électorale autre que celle indiquée par la fiche d’ELECAM. Si vous avez une carte d’identité et le nom sur la fiche de vote vous pouvez également voter sans problème.»

NE RIEN DIRE POUR NUIRE ET NE RIEN TAIRE POUR PLAIRE

Haman Mana, le principal facilitateur à ce séminaire avec 5 modules à son actif, à travers des échanges théoriques et pratiques, a permis aux participants de revisiter les fondamentaux du journalisme. Le DP du quotidien Le jour a commencé par les différentes spécialités du journalisme, le rôle du journaliste qui, souligne t’il est de défendre la liberté d’expression : « Le journaliste est tenu de défendre la liberté d’expression parce que c’est le carburant de notre métier. Le journaliste doit défendre son confrère parce que c’est en le faisant que vous défendez votre raison d’être. La pluralité des points de vue est une nécessité dans une société. C’est correct pour un journaliste d’aider le citoyen à opérer un choix. Toutefois, le journaliste doit rester honnête et préciser aux lecteurs quand il s’agit de son point de vue car, l’honnêteté rend un journaliste incontournable. »

Pour revenir au contexte dans lequel se tient cette activité, Haman Mana recommande aux journalistes de toujours prendre de la distance lorsqu’ils couvrent un événement politique mais en gardant sa sympathie et son point de vue. Pour y arriver souligne-t-il, le reporter doit avoir le profil d’un journaliste d’investigation : « La seule règle à laquelle un journaliste est astreint c’est le respect de la vérité. Il ne partage pas les faveurs, il dit ce qu’il voit, il ne lâche prise que lorsqu’il a eu ce qu’il cherche. Lorsque cela s’impose, il faut faire équipe avec des confrères, surtout dans le cadre d’une enquête, le journaliste doit aller à la source, pousser son enquête jusqu’aux endroits les plus insoupçonnés et toujours rechercher un nouvel indice. Cependant, il faut éviter de relayer in extenso une information reçue lors d’un « of record ».

EST-IL POSSIBLE D’ÉVITER LES FAVEURS DES HOMMES POLITIQUES ?

La déontologie journalistique selon le DP du quotidien le jour implique minimum 9 principes à savoir: la vérité, la probité (ne pas accepter des faveurs pour taire ce que tout le monde connait), l’honnêteté intellectuelle, la défense de la liberté d’expression et le devoir de confraternité , la protection de la vie privée (ne pas porter des jugements sexistes, ne pas porter des jugements sur les infirmités des gens, protéger les mineurs, éviter de divulguer les informations sur la santé d’un individu) , la contradiction et l’équité, se tenir à distance de la publicité, exercer contre une rémunération et enfin la clause de conscience.

Plusieurs journalistes participants et non participants à ce séminaire pensent cependant que l’idéal serait de respecter à la lettre ces principes, mais la précarité reste le principal caillou dans la chaussure du journaliste. Selon Alexis YANGOUA, correspondant de la chaine DBS télévision à l’Ouest et vice coordonnateur du Club Médias Ouest, : « Former les journalistes c’est très bien. Mais exiger du gouvernement le respect de la convention collective c’est mieux. Tant que les journalistes et communicateurs vont exercer dans la précarité, ces formations n’auront pas des effets escomptés et les organismes initiateurs desdits projets le savent. Demander à un journaliste de tourner le dos au perdiem, c’est trop facile. »

Cet atelier de trois jours s’est soldé par la formulation de plusieurs recommandations parmi lesquelles, le vœu de voir l’accélération par les différentes parties prenantes, du processus de mise en application de la convention collective des journalistes et des professionnels des métiers connexes de la communication, afin de résoudre le problème de précarité qui les expose aux tares comme la corruption et la manipulation, phénomènes généralement accentués en période électorale ; le vœux de voir le gouvernement et ses partenaires reconnaître  davantage la fonction sociale de la presse et à accorder à tous les médias sans distinction de ligne éditoriale, les moyens pour accomplir dignement leurs missions, y compris une subvention encadrée par la loi et un plaidoyer pour une réorganisation de la commission nationale de la carte de presse, afin de la rendre paritaire et à même de mieux prendre en compte le statut, ainsi que les préoccupations des femmes et des hommes qui exercent effectivement la profession de journaliste.

Flore KAMGA KENGNE

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